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Full text of "Contribution à l'anatomie pathologique de la maladie de Basedow"

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ARCHIVES 

DE 


MÉDECINE  EXPÉRIMENTALE 


ET 


D'ANATOMIE  PATHOLOGIQUE 


PUBLIEES 


Sous  la  direction  de  M.  CHARCOT 


PAR  MM. 


GRANCHER,  LÉPINE,  STRAUS,  JOFFROY 


EXTRAIT 


Contribution  à  l'anatomie  pathologique  de  la  maladie 
de  Basedow  ;  par  A.  Joffroy  et  Ch.  Achai 


lRD. 


(Arch.  de  Médecine  expérim.  et  d'Anatomie  pathol. 
N°  6  —  1er  Novembre  1893.) 


PARIS 

G.    MA  S  SON,  ÉDITEUR 

120,    UOULEVARD    SAINT -  GERMAIN 


JOFFROY,  rue  de  Rivoli,  186 


CONDITIONS  DE  LA  PUBLICATION 


Les  Archives]  de  Médecine  expérimentale  et  d'Anatomie 
pathologique  paraissent  tous  les  deux  mois  et  forment  chaque  année 
un  volume  d'environ  700  pages  avec  planches  noires  et  en  couleurs. 

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Les  tirages  à  part  ne  peuvent,  en  aucun  cas,  être  mis  dans 
le  [commerce. 


CONTRIBUTION  A  L'ANATOMIE  PATHOLOGIQUE 

DE  LA 

MALADIE  DE  BASEDOW 

Par  MM.  A.  JOFFROY  et  Ch.  ACHARD 


Parmi  les  théories  nombreuses  auxquelles  la  pathogénie 
de  la  maladie  de  Basedow  a  donné  naissance,  il  n'en  est  plus 
guère  que  deux  qui  subsistent  :  l'une  admet  l'origine  bulbaire 
des  accidents,  l'autre  en  place  le  point  de  départ  dans  le  corps 
thyroïde.  Toutes  deux  d'ailleurs  ont  ceci  de  commun  qu'elles 
font  intervenir  un  trouble  des  fonctions  du  bulbe  pour  expli- 
quer le  mécanisme  de  la  plupart  des  symptômes.  Mais  tandis 
que  pour  la  première  de  ces  théories,  l'intervention  du  bulbe 
est  primitive,  elle  est  pour  la  seconde  un  phénomène  consé- 
cutif et  en  quelque  sorte  la  deuxième  étape  du  processus 
morbide. 

Quant  à  déterminer  par  quel  mécanisme  se  produit  l'en- 
semble des  accidents,  —  qu'ils  procèdent  du  bulbe  ou  du 
corps  thyroïde,  —  ni  l'une  ni  l'autre  théorie  ne  prétend 
sérieusement  à  l'heure  actuelle  y  parvenir.  Les  hypothèses 
sans  doute  ne  font  pas  défaut  :  on  a  incriminé  des  troubles 
relevant  du  grand  sympathique  ou  du  pneumogastrique,  des 
modifications  des  fonctions  du  corps  thyroïde  consistant  soit 
dans  une  intoxication  par  une  substance  nuisible  que  cet 
organe  cesserait  de  détruire,  soit  dans  la  privation  d'une 
substance  utile  qu'il  aurait  pour  rôle  de  sécréter  à  l'état  phy- 


,  .    808  A.  JOFFROY  ET  CH.   A  Cil  A  1(1) . 

*  ^^cfcfegi(|yfl^|ais  aucune^e  ces  hypothèses  n'est  actuellement 
susceptible  cTuiîe  ïé^onmbattcTii.  La  méthode  expérimentale 
n'a  fourni  jusqu'à  présent  aucune  solution  satisfaisante.  Les 
lésions  nerveuses  provoquées  dans  le  bulbe  chez  les  animaux 
n'ont  reproduit  que  d'une  manière  bien  imparfaite  les  troubles 
de  la  maladie  de  Basedow  et  n'apprennent  rien  d'ailleurs  sur 
le  point  de  départ  du  processus.  D'autre  part  les  expériences 
entreprises  sur  le  corps  thyroïde,  et  en  particulier  les  abla- 
tions de  cet  organe,  montrent  bien  qu'il  est  utile  à  l'économie, 
mais  ne  fixent  nullement  le  mode  précis  de  ses  fonctions. 
C'est  donc,  en  somme,  à  l'observation  sur  l'homme,  à  l'obser- 
vation anatomo-clinique,  qu'il  faut  encore,  pour  cette  ques- 
tion comme  pour  tant  d'autres  en  médecine,  demander  les 
renseignements  les  plus  sûrs. 

D'ailleurs,  après  une  période  de  tâtonnements  et  d'insuc- 
cès, l'observation  s'est  engagée,  depuis  quelque  temps  sur- 
tout, dans  la  double  direction  qu'indiquaient  les  deux  théories 
fondamentales  de  la  maladie.  On  a  recherché  avec  grand  soin, 
grâce  aux  procédés  nouveaux  de  coloration  du  tissu  nerveux, 
l'état  du  bulbe,  et  l'on  a  quelquefois  rencontré  des  altérations 
fournissant  matière  à  discussion.  On  a  aussi  exploré  histolo- 
giquement  l'état  du  corps  thyroïde  et  obtenu  encore  de  ce 
côté  des  résultats  clignes  d'attention. 

C'est  pour  apporter  à  cette  enquête  anatomo-clinique 
quelques  documents  de  plus  que,  sans  entrer  actuellement 
dans  tout  le  détail  des  discussions  pathogéniques,  nous 
publions  les  faits  de  maladie  de  Basedow,  suivis  d'autopsie, 
qu'il  nous  a  été  donné  de  recueillir  dans  ces  dernières  années. 
Quelques-uns  ayant  été  déjà  l'objet  de  travaux  antérieurs, 
nous  n'en  donnerons  ici  qu'un  résumé. 

Obs.  I.  —  Élisabeth  Dub...,  âgée  de  52  ans,  entrée  le  18  novembre 
1890,  salle  Barth,  n°  4,  à  l'infirmerie  de  la  Salpêtrière,  dans  le  service 
de  M.  Joffroy. 

Antécédents  héréditaires.  —  Un  de  ses  frères,  sa  mère,  deux  tantes 
et  trois  oncles  maternels  sont  morts  de  tuberculose  pulmonaire,  ainsi 
qu'une  tante  et  un  oncle  paternels.  Son  père  est  mort  d'apoplexie. 

Antécédents  personnels.  —  Dans  son  enfance,  cette  femme  a  eu  plu- 
sieurs maladies  :  croup,  rougeole,  coqueluche.  A  7  ans,  elle  a  commencé 


AIUTOMIE  PATHOLOGIQUE   DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW. 


809 


à  avoir  des  attaques  de  nerfs,  provoquées  par  la  moindre  émotion, 
annoncées  par  une  aura  (sensation  de  boule,  chaleur  du  visage,  batte- 
ments aux  tempes)  et  caractérisées  par  un  cri  initial,  des  convulsions 
cloniques,  l'incurvation  du  tronc  en  arc  de  cercle.  A  13  ans,  ces  attaques 
convulsives  cessèrent  brusquement  et  furent  remplacées  par  des  éva- 
nouissements. La  malade  était  fréquemment  prise  de  tremblement. 

A  l'âge  de  9  ans,  à  la  suite  d'un  choc  violent  sur  la  partie  inférieure 
du  rachis,  elle  ressentit  des  douleurs  longtemps  persistantes,  et  on 
remarqua  l'apparition  d'une  scoliose  qui  s'accentua  plus  tard. 

Réglée  à  18  ans  seulement,  la  malade  éprouvait  fréquemment  des 
douleurs  abdominales  aux  époques  menstruelles.  Vers  cet  âge,  à  la 
suite  d'une  variole,  les  attaques  de  nerfs  reparurent.  En  même  temps 
se  montrèrent  des  palpitations  violentes,  qui  la  firent  soigner  pendant 
deux  ans  pour  une  hypertrophie  du  cœur. 

A  30  ans,  douleurs  articulaires,  douleurs  rachidiennes  fréquentes, 
augmentation  de  la  déformation  rachidienne,  malgré  le  port  de  plu- 
sieurs appareils,  diminution  de  l'ouïe  et  de  la  vue. 

Vers  l'âge  de  36  ans,  pendant  un  séjour  en  Russie  où  elle  contracta 
le  typhus,  et  à  la  suite  d'émotions,  de  chagrins  et  de  privations  de  tout 
genre,  elle  éprouva  un  redoublement  de  ses  douleurs  rachidiennes  et 
en  ceinture,  et  des  symptômes  de  maladie  de  Basedow  apparurent.  Elle 
dut  alors  s'aliter  pendant  vingt-deux  mois,  et  on  lui  dit  qu'elle  était 
atteinte  d'une  maladie  de  la  moelle  épinière  et  de  goitre  exophtal- 
mique. C'est  à  cette  époque  qu'où  commença  à  lui  faire  des  piqûres  de 
morphine  :  rapidement  elle  devint  morphinomane. 

D'après  les  renseignements  donnés  par  la  malade,  la  tuméfaction 
thyroïdienne  atteignit  au  côté  droit  du  cou  le  volume  d'une  grosse 
orange,  tandis  qu'à  gauche  elle  était  encore  plus  développée  :  la  cir- 
conférence du  cou  mesurait  62  centimètres. 

L'exophtalmie  suivit  une  évolution  parallèle  à  celle  du  goitre  :  les 
yeux  devenus  énormes  ne  pouvaient  plus  être  recouverts  complètement 
parles  paupières.  Il  y  eut  en  outre  des  troubles  oculaires;  la  malade 
voyait  trouble  comme  au  travers  d'un  brouillard  ;  elle  louchait,  mais 
sans  voir  double.  Ces  troubles  oculaires  ont  persisté  pendant  trois  mois. 

A  cette  époque  aussi  le  tremblement  était  très  marqué,  au  point 
d'empêcher  la  malade  d'écrire  et  de  faire  aucun  travail  manuel.  Les 
palpitations  étaient  très  violentes;  on  aurait  observé  à  la  poinle  du 
cœur  une  sorte  de  tremblement  de  la  paroi  thoracique,  au  dire  de  la 
malade.  Elle  ajoute  qu'il  y  avait  aussi  des  battements  intenses  dans  la 
tumeur  thyroïdienne  et  qu'on  avait  constaté  à  l'ophtalmoscope  des 
battements  des  vaisseaux  rétiniens.  Il  y  eut  encore  à  cette  époque  des 
troubles  urinaires  et  digestifs  :  rétention  d'urine  fréquente,  vomisse- 
ments continus  pendant  six  mois  et  même  trois  hématémèses.  La  sen- 
sibilité était  aussi  très  atttinte  ;  il  y  eut  d'abord  une  anesthésie  générale 
portant  aussi  sur  les  sens  spéciaux,  puis  de  l'hyperesthésie  cutanée. 


810 


A.  JOFFROY  KT   Cil.  AC11ARD. 


Cette  première  atteinte  de  goitre  exophtalmique  dura  deux  ans. 
Les  accidents  atteignirent  leur  summum  en  quinze  mois,  puis  rétro- 
cédèrent graduellement.  Le  traitement  consista  dans  l'électrisation 
et  dans  les  injections  interstitielles  pratiquées  sept  ou  huit  fois  dans 
les  diverses  parties  du  corps  thyroïde-.  La  malade  ne  peut  préciser  la 
substance  injectée  ;  elle  sait  seulement  qu'on  parla  de  solution  arse- 
nicale. 

Revenue  en  France,  elle  n'avait  conservé  de  sa  maladie  que  quel- 
ques accès  de  palpitations  bien  tolérés,  lorsqu'en  1881,  sous  l'influence 
des  mêmes  causes  morales  que  précédemment,  à  la  suite  de  chagrins, 
une  rechute  survint.  La  tuméfaction  thyroïdienne  acquit  le  même  degré 
que  la  première  fois;  il  en  fut  de  même  de  l'exophtalmie  ;  mais  les  au- 
tres troubles  oculaires  ne  se  montrèrent  pas.  La  tachycardie  fut  aussi 
intense,  mais  le  tremblement  fut  très  peu  accusé.  Enfin  des  attaques 
hystériques  survinrent  presque  tous  les  jours  pendant  sept  ou  huit 
mois.  La  malade  fut  soignée  dans  le  service  de  M.  G.  Sée  par  la  digi- 
tale, le  bromure  de  potassium,  la  vératrine  et  quelques  autres  médi- 
caments. 

Le  summum  des  accidents  fut  atteint  en  trois  mois,  puis  ils  dimi- 
nuèrent et  disparurent  au  bout  d'un  an,  sauf  la  tachycardie  qui  persista 
toujours  plus  ou  moins.  En  outre,  la  malade  conserva  un  état  de  ma- 
laise et  d'affaiblissement,  ainsi  que  des  attaques  hystériques. 

Peu  de  temps  après,  se  montrèrent  des  douleurs  articulaires  qui 
envahirent  les  quatre  membres,  rendirent  la  marche  de  plus  en  plus 
difficile  et  réduisirent  la  malade  à  un  état  d'impotence  qui  la  fit  entrer 
à  la  Salpêtrière. 

État  de  la  malade  en  1891.  —  La  malade  peut  se  tenir  debout,  dans 
une  altitude  fortement  voûtée,  les  mains  appuyées  sur  Je  dossier  d'une 
chaise.  Elle  peut  ainsi  avancer  à  petits  pas  en  poussant  la  chaise  de- 
vant elle  et  en  traînant  les  deux  pieds  sur  le  sol,  Elle  peut,  mais  avec 
difficultés,  descendre  seule  de  son  lit  et  y  remonter.  Au  lit,  les  deux 
membres  inférieurs,  habituellement  fléchis,  peuvent  être  mis  en  exten- 
sion assez  facilement  :  ces  mouvements  provoquent  de  nombreux  cra- 
quements articulaires.  Les  pieds  peuvent  s'élever  à  30  centimètres  en- 
viron au-dessus  du  plan  du  lit.  Le  réflexe  rotulien,  aboli  à  droite,  est 
très  affaibli  à  gauche.  Aux  membres  supérieurs,  la  force  musculaire  est 
affaiblie  également  des  deux  côtés.  Les  doigts  présentent  des  nodo- 
sités latérales,  au  niveau  des  articulations  des  phalanges  avec  les 
phalangines,  et  des  phalangines  avec  les  phalangettes. 

Il  n'y  a  pas  d'atrophie  musculaire.  La  sensibilité  générale  est  con- 
servée dans  ses  divers  modes;  il  y  a  toutefois  un  retard  manifeste  de 
la  perception.  Le  réflexe  cutané  plantaire  est  très  accusé. 

Le  rachis  présente  une  cyphose  très  accusée,  avec  une  légère  dé- 
viation scoliotique,  occupant  la  région  dorsale^  et  formant  une  courbe 
convexe  à  droite.  Au-dessus  d'elle,  la  pression  des  apophyses  épineuses, 


ANAT0M1E  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  811 

à  la  région  dorso-lombaire,  est  très  douloureuse,  et  la  peau  est  nota- 
blement hyperesthésiée.  _ 

Le  cou  ne  paraît  pas  volumineux;  il  mesure  52  centimètres  de  cir- 
conférence au  niveau  de  la  saillie  du  cricoïde.  Le  corps  thyroïde  ne 
semble  pas  tuméfié;  on  y  sent  par  le  palper  de  petits  noyaux  d'indu- 
ration, qui  sont,  probablement,  les  vestiges  des  injections  interstitielles. 

11  n'y  a  pas,  à  proprement  parler,  d'exophtalmie  ;  cependant  l'œil 
droit  est  un  peu  plus  saillant  que  le  gauche.  Pas  de  paralysie  de  la 
musculature  interne  et  externe  de  l'œil.  La  vue  est  très  affaiblie.  La 
surdité  est  complète,  et  c'est  par  écrit  que  la  malade  répond  aux  ques- 
tions qu'on  lui  pose. 

Les  battements  du  cœur  sont  réguliers,  et  non  accélérés  (64  à  66  par 
minute);  leur  fréquence  augmente  peu  (70)  après  un  effort,  tel  qu'une 
tentative  de  marche.  Pas  de  souffles  cardiaques. 

Il  ne  se  produit  pas  de  tremblement,  même  lorsque  la  malade  tient 
les  mains  étendues  pendant  quelque  temps. 

Au  commencement  de  mars  1893,  la  malade  présenta  les  signes 
d'une  pneumonie  irrégulière,  dont  la  résolution  se  fit  mal,  et  elle  suc- 
comba le  17  mars. 

Autopsie.  —  Le  cerveau  est  sain;  mais  son  extraction  est  très  diffi- 
cile, à  cause  des  nombreuses  adhérences  de  la  dure-mère. 

La  protubérance,  le  bulbe  et  la  moelle  ne  présentent  aucune  lésion 
apparente.  Le  rachis  ne  présente  aucune  altération,  même  au  niveau 
de  la  scoliose;  les  corps  vertébraux  examinés  sur  une  section  longitu- 
dinale sont  parfaitement  sains. 

Les  reins  sont  peu  volumineux  (118  grammes  à  droite,  120  grammes 
à  gauche).  La  rate  pèse  240  grammes.  Foiemuscade  pesant  1  520  grammes. 

Le  poumon  gauche  est  converti,  à  sa  base,  en  un  bloc  d'hépatisa- 
tion  grise  ;  le  sommet,  très  adhérent  à  la  paroi  thoracique,  contient 
une  caverne  grosse  comme  une  pomme. 

Le  poumon  droit,  un  peu  adhérent  au  sommet,  présente  quelques 
lésions  d'emphysème  en  avant.  La  base  offre  l'aspect  de  la  splénisation. 

Le  cœur,  un  peu  surchargé  de  graisse,  présente  une  coloration 
feuille  morte.  Sur  l'aorte,  il  y  a  quelques  plaques  d'athérome. 

Le  corps  thyroïde  est  volumineux  :  il  pèse  45  grammes;  il  est  le  siège 
d'une  induration  scléreuse  dans  la  plus  grande  partie  de  son  étendue. 
Mais,  au  milieu  du  tissu  scléreux,  on  retrouve  des  portions  dont  la  con- 
sistance est  normale. 

11  a  été  impossible  de  retrouver  trace  de  thymus. 

L'examen  histologique  ne  montre  aucune  lésion  de  la  moelle,  ni  du 
bulbe,  ni  de  la  -protubérance.  Le  corps  restiforme  et  le  faisceau  solitaire 
sont  normaux  des  deux  côtés. 

Les  nerfs  pneumogastriques  sont  normaux,  si  ce  n'est  un  très  petit 
nombre  de  tubes  dégénérés  du  côté  gauche. 

Pas  de  lésions  dans  le  récurrent  gauche. 


B1J  A.    JOFFROY    ET    CH.  ACUARD. 

Le  grand  sympathique,  examiné  du  côté  droit,  est  sain. 

Il  en  est  de  même  du  tibial  postérieur  droit.  Le  tibial  antérieur 
droit  renferme  seulement  quelques  tubes  dégénérés  en  très  petit 
nombre. 

Le  corps  thyroïde  présente  sur  les  coupes  un  épaississement  marqué 
des  travées  conjonctives  :  d'où  résulte  une  accentuation  très  prononcée 
de  la  division  en  lobules.  Par  places  Je  tissu  fibreux,  très  développé, 
forme  de  véritables  nœuds. 

Parmi  les  vésicules  thyroïdiennes,  un  assez  grand  nombre  ont  un 
contenu  colloïde,  et  leurs  dimensions  sont  normales.  Beaucoup  sont 
vides,  ou  du  moins  ne  renferment  pas  de  masses  colloïdes,  et  possèdent 
une  bordure  cellulaire  d'apparence  normale.  Enfin  le  plus  petit  nom- 
bre des  vésicules  est  constitué  par  des  amas  cellulaires  pleins. 

Obs.  IL  —  Marie  Lar...,  âgée  de  54  ans,  domestique,  originaire  de 
la  Nièvre,  entrée  le  20  février  1889,  salle  La  Rochefoucauld,  n°  18,  à  la 
Salpêtrière,  dans  le  service  de  M.  Joffroy. 

Antécédents  héréditaires.  —  Le  père  et  une  sœur  morts  de  phtisie. 

Antécédents  personnels.  —  Scarlatine  à  16  ans.  Réglée  à  13  ans,  jus- 
qu'à 50  ans.  Mariée  à  20  ans.  Pas  de  grossesse.  Vers  l'âge  de  28  ans, 
elle  a  été  prise  de  toux  quinteuse,  avec  crachements  de  sang  qui  ont 
fait  craindre  l'existence  d'une  tuberculose  pulmonaire. 

Vers  l'âge  de  35  ans  survinrent  des  troubles  mentaux,  des  idées  de 
tristesse,  des  idées  de  persécution,  avec  hallucinations  de  la  vue,  qui 
n'ont  jamais  cessé  depuis  cette  époque,  et  qui  ont  amené  la  séparation 
d'avec  son  mari  et  l'internement  de  la  malade  à  Sainte-Anne  pendant 
quelque  temps  *. 

Il  est  difficile  de  dire  à  quelle  époque  remonte  le  goitre  exophtal- 
mique. On  apprend  seulement  de  la  malade  que,  lorsqu'elle  était  jeune 
fille,  à  un  âge  qu'elle  ne  peut  préciser,  elle  eut  un  peu  de  goitre  qui 
disparut  par  l'application  d'une  pommade.  C'est  vers  l'âge  de  30  ans 
que  la  tuméfaction  thyroïdienne  se  développa  pour  ne  plus  disparaître. 
Dès  son  jeune  âge,  la  malade  avait  des  palpitations;  mais  celles-ci  ne 
sont  devenues  véritablement  incommodes  que  depuis  la  ménopause, 
survenue  vers  50  ans. 

C'est  aussi  depuis  cette  époque  que  le  tremblement,  qui  existait 
depuis  l'âge  de  25  ans  et  l'empêchait  d'exécuter  avec  les  mains  des 
ouvrages  fins,  a  acquis  une  assez  grande  intensité. 

Il  n'y  a  jamais  eu  d'exophtalmie  bien  apparente. 

État  de  la  malade  à  son  entrée  à  l'hôpital.  —  Le  corps  thyroïde  pré- 
sente un  gonflement  notable,  mais  uniquement  dans  le  lobe  droit;  son 
volume  n'a  pas  varié  depuis  longtemps.  La  malade  y  ressent  de  temps 


1.  La  description  détaillée  des  troubles  mentaux  a  été  communiquée  par 
M.  Joffroy  à  la  Société  médico-psychologique,  le  31  mars  1890. 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  813 

en  temps  des  battements;  on  y  perçoit  nettement  un  mouvement  d'ex- 
pansion, soit  par  la  vue,  soit  par  la  palpation. 

La  malade  se  plaint  de  palpitations  fréquentes,  qui  se  produisent 
au  moindre  effort.  Elle  éprouve  aussi,  dans  ces  circonstances,  une 
anxiété  précordiale,  avec  sensation  de  constriction,  qui  l'oblige  à  s'ar- 
rêter et  à  prendre  un  point  d'appui.  Ces  accès  angineux,  qui  durent 
quelques  secondes,  s'accompagnent  d'une  sensation  de  crampe  et  de 
fourmillements  dans  le  pli  du  coude,  dans  l'avant-bras  et  dans  les  trois 
derniers  doigts  de  la  main  gauche,  qui  sont  contractures  en  flexion. 

Le  cœur  ne  paraît  pas  augmenté  de  volume;  ses  bruits  sont  écla- 
tants, réguliers;  le  premier  bruit  a  le  caractère  d'un  roulement.  Le 
pouls  est  d'ordinaire  à  120,  et  beaucoup  moins  accusé  à  la  radiale 
qu'à  la  carotide. 

Le  tremblement,  menu,  fréquent,  s'exagère  beaucoup  sous  l'influence 
de  la  moindre  émotion.  Lorsque  la  malade  est  debout,  elle  oscille  ver- 
ticalement; lorsqu'elle  est  assise  et  que  ses  pieds  touchent  le  sol,  ils 
sont  agités  d'un  mouvement  de  pédale. 

Les  yeux  ne  paraissent  pas  saillants:  la  vue  s'est  affaiblie,  paraît-il, 
depuis  quelques  années. 

La  malade  a  fréquemment  des  bouffées  de  chaleur  au  visage,  qui 
devient  rouge;  on  remarque  sur  la  face  quelques  varicosités.  Souvent, 
depuis  une  trentaine  d'années,  elle  éprouve  au  lit  une  sensation  de 
chaleur  très  forte  qui  l'oblige  à  se  découvrir. 

La  sensibilité  est  intacte;  le  réflexe  cutané  plantaire,  normal  à 
gauche,  est  diminué  à  droite.  Les  réflexes  rotuliens  sont  normaux 
des  deux  côtés. 

Il  y  a  environ  trente  respirations  par  minute. 

Les  fonctions  digestives  se  font  bien.  Toutefois  il  y  a  assez  fréquem- 
ment des  périodes  de  boulimie  durant  huit  ou  quinzejours.il  s'est 
produit  aussi  vers  l'âge  de  50  ans  une  diarrhée  abondante  (50  selles  par 
jour),  indolente,  très  fétide,  qui  dura  peu  de  temps.  Actuellement  la 
malade  a  de  la  tendance  à  la  constipation. 

Il  y  a  un  peu  de  polyurie  ;  les  urines  contiennent  des  traces  d'albu- 
mine. Les  jambes  sont  enflées,  surtout  le  soir.  Depuis  quelques  années, 
fréquemment  il  survient  de  l'engourdissement  des  doigts  de  la  main 
gauche  (sensation  de  doigt  mort),  des  crampes  dans  les  mollets. 

En  mars  1890,  lorsque  la  malade  fut  présentée  par  M.  Joffroy  à  la 
Société  médico-psychologique,  son  état  s'était  modifié  :  les  troubles 
psychiques  s'étaient  développés,  mais  les  symptômes  de  maladie  de 
Basedow  s'étaient  atténués  ;  il  y  avait  de  plus  des  phénomènes  asysto- 
liques  assez  prononcés,  avec  un  souffle  mitral  au  premier  temps,  des 
battements  cardiaques  tumultueux,  un  pouls  très  irrégulier  (84  par 
minute). 

En  mars  1891,  l'asystolie  a  fait  des  progrès;  l'œdème  des  jambes 
est  très  prononcé,  le  pouls  est  très  irrégulier  et  fréquent  (116-120)  ; 


8,4  A-  JOFFROY  ET   CH.  ACUARD. 

les  battements  cardiaqus  sont  faibles  et  sourds;  ils  ne  s'accompagnent 
pas  de  souffle.  Il  y  a  une  bronchite  habituelle.  Le  malade  a  beaucoup 
maigri  ;  ses  forces  sont  beaucoup  diminuées. 
Mort  le  ii  avril  1891. 

Autopsie.  -  Les  poumons  sont  le  siège  d'un  œdème  très  notable 
Foie  muscade.  Rate  volumineuse  et  dure.  Reins  congestionnés  et  volu- 
mineux (à  droite  150  gr.  ;  à  gauche  215).  Leur  surface  présente  des  ci- 
catrices déprimées  d'infarctus  ;  le  rein  gauche  présente  aussi  un  in- 
farctus plus  récent. 

Le  cœur,  surchargé  de  graisse,  présente  à  la  base  quelques  plaques 
blanchâtres  de  péricardite  ancienne  et  quelques  plaques  rougeâtres  et 
granuleuses  de  péricardite  récente.  Le  péricarde  contient  une  certaine 
quantité  de  liquide. 

Le  ventricule  gauche  est  notablement  épaissi;  la  coloration  du 
muscle  est  à  peu  près  normale.  L'oreillette  gauche  est  distendue  par 
des  caillots  récents.  L'oreillette  droite,  au  niveau  de  laquelle  se  trouve 
le  principal  foyer  de  péricardite,  renferme  un  caillot  fibrineux,  décolo- 
ré, grisâtre,  long  de  5  à  6  centimètres  et  épais  d'uncentim.  et  demi,  au 
centre  duquel  se  trouve  un  foyer  pseudo-kystique  rempli  de  liquide  pu- 
riforme.Pasde  lésionsdes  orifices  cardiaques. Pas  d'athérome  aortique. 

Le  corps  thyroïde  est  notablement  hypertrophié.  Les  deux  lobes 
sont  très  distincts.  Le  droit  pèse  60  gr.,  le  gauche  45  gr.  Tous  deux 
sont  kystiques,  surtout  le  gauche.  Sur  une  coupe  le  tissu  glandulaire 
est  sillonné  de  travées  blanchâtres,  de  consistance  fibreuse,  on  y  trouve 
des  plaques  rouges  ou  rosées,  irrégulières,  d'autres  jaune  d'ocre,  enfin 
quelques  taches  d'un  bleu  foncé,  ce  qui  donne  à  la  coupe  un  aspect 
marbré.  Le  lobe  droit  ne  présente  qu'un  très  petit  nombre  de  cavités 
kystiques  ;  à  ses  deux  pointes  le  tissu  paraît  sain.  Quant  au  lobe  gauche, 
il  présente  sur  une  coupe  trois  parties  très  distinctes  :  1°  un  grand 
kyste  capable  de  contenir  une  amande,  2°  une  partie  de  môme  dimen- 
sion, de  couleur  café  au  lait,  et  dont  le  tissu  est  friable,  3°  une  petite 
partie  ayant  les  dimensions  d'une  noisette  et  dont  l'aspect  et  la  cou- 
leur rappellent  le  tissu  sain. 

L'examen  histologique  montre,  dans  la  plus  grande  partie  de  l'or- 
gane, les  particularités  suivantes  : 

Un  très  grand  nombre  de  vésicules,  à  l'état  de  repos,  sont  remplies  de 
cellules  petites,  granuleuses,  pourvues  d'un  noyau  bien  coloré  et  relati- 
vement volumineux;  ces  vésicules  sont  dépourvues  de  matière  colloïde. 
Certaines  d'entre  elles,  au  lieu  d'être  remplies  de  cellules,  présentent  une 
lumière  qui  paraît  vide.  D'autres,  en  grand  nombre,  sont  complètement 
oblitérées  et  forment  simplement  un  amas  de  cellules  indistinctes.  Souvent 
ces  blocs  cellulaires  ont  un  contour  irrégulier  ou  ovalaire  ;  ils  ne  pa- 
raissent pas  toujours  répondre  à  de  véritables  vésicules:  on  en  voit  en 
effet  qui  sont  allongés,  en  boyaux  pleins  et  très  probablement  néofor- 
més. Enfin  on  observe  sur  les  coupes  quelques  vésicules  qui  contiennent 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  815 

une  masse  colloïde  et  dont  les  cellules  sont  aplaties,  en  bordure. 

Dans  la  partie  kystique,  on  voit  des  lames  de  tissu  fibreux  séparées 
par  des  couches  conjonctives  à  texture  plus  lâche  et  présentant  de 
grands  espaces  lymphatiques.  Ces  couches  fibreuses  entourent  des 
portions  uniquement  formées  de  tissu  conjonctif  très  lâche,  d'aspect  mu- 
queux  et  œdémateux.  Dans  ce  tissu  les  espaces  lymphatiques  sont  élar- 
gis, les  mailles  conjonctives  sont  distendues  par  un  exsudât  clair  ou  fine- 
ment granuleux  et  contiennent  de  nombreux  leucocytes,  ainsi  que  des 
globules  rouges  formant  parfois  de  véritables  hémorrhagies  intersti- 
tielles. Dans  ce  tissu,  on  trouve  des  vésicules  petites,  dont  les  cellules 
sont  granuleuses,  à  contour  indistinct,  et  qui  renferment  quelques  boules 
colloïdes. 

Dans  certaines  parties  scléreuses  de  la  glande,  quelques  vaisseaux 
ont  des  parois  très  épaissies. 

La  moelle,  le  bulbe  et  la  protubérance  ne  présentent  pas  d'altération. 
Le  corps  restiforme  et  le  faisceau  solitaire  sont  intacts. 

Pas  d'altération  du  nerf  grand  sympathique  et  du  pneumogastrique 
droit.  Le  pneumogastrique  gauche  renferme  un  très  petit  nombre  de 
tubes  en  dégénérescence  wallérienne. 

Obs.  III  (publiée  dans  ces  Archives,  janv.  1891 ,  p.  91). 

Louise  J...,  âgée  de  30  ans,  entrée  le  6  octobre  1882,  salle  Pinel, 
n°  13,  dans  le  service  de  M.  Joffroy. 

A  28  ans,  début  des  attaques  épileptiformes,  qui  se  reproduisirent 
par  séries  avec  une  grande  fréquence,  suivies  de  délire  et  de  divers 
troubles  mentaux.  Il  y  avait  aussi  des  mouvements  choréiformes  du 
membre  supérieur  gauche,  persistant  dans  l'intervalle  des  attaques. 
L'exophtalmie  fut  remarquée  à  33  ans;  puis  le  tremblement,  la  tachy- 
cardie et  les  battements  carotidiens.  Il  n'y  avait  pas  de  goitre  apparent. 

A  37  ans,  à  la  suite  d'un  véritable  état  de  mal,  la  malade  tombe  dans 
le  coma  et  meurt. 

A  l'autopsie  on  trouve  une  syringomyélie  qui  avait  été  absolument 
méconnue  pendant  la  vie  et  une  dilatation  angiomateuse  des  veines  dans 
le  lobe  occipital  de  l'hémisphère  droit  et  sur  la  partie  postérieure  de  la 
pie-mère  spinale,  principalement  à  la  partie  supérieure  du  renflement 
cervical. 

Le  bulbe  est  respecté  par  la  lésion  syringomyélique.  L'examen  mi- 
croscopique montre  seulement  une  distension  générale  de  ses  vaisseaux; 
mais  les  corps  restiformes  et  les  faisceaux  solitaires  sont  normaux. 

Les  nerfs  grand  sympathique  et  pneumogastrique,  examinés  du  côté 
droit,  ne  présentent  pas  d'altérations. 

Le  corps  thyroïde  présente  un  volume  normal;  mais  il  est  le  siège 
de  lésions  histologiques.  La  plupart  de  ses  vésicules  sont  énormément 
distendues  par  de  la  matière  colloïde;  elles  sont  rompues  souvent  les 
unes  dans  les  autres,  et  l'on  peut  voir  en  différents  points  des  coupes  les 


816 


A.  JOFFROY  ET  CU.  ACHARD. 


vestiges  de  ces  cloisons  rompues.  Les  petits  kystes  ainsi  formés  par  la 
confluence  de  plusieurs  vésicules  sont  séparés  par  des  cloisons  conjonc- 
tives extrêmement  minces,  revêtues  d'épithélium  aplati,  détaché  par 
place,  et  contenant  de  très  fines  granulations  graisseuses  que  l'acide  os- 
mique  met  en  évidence.  Les  vaisseaux  de  l'organe  sont  gorgés  de  sang. 
Le  corps  pituitaire  ne  présente  pas  de  lésion. 

Obs.  IV  (publiée  dans  ces  Archives,  mai  1893,  p.  406). 

Clémentine  B...,  âgée  de  49  ans,  entrée  le  29  mars  1885,  salle  Ros- 
tan,  n°  23,  dans  le  service  de  M.  JofTroy  à  la  Salpêtrière. 

Début  à  43  ans,  à  la  suite  d'une  attaque  avec  perte  de  connaissance; 
troubles  de  la  marche,  exophtalmie.  Puis  apparition  de  douleurs  ful- 
gurantes, de  crises  gastriques,  d'une  arthropathie  du  genou  et  d'autres 
symptômes  de  tabès. 

Entrée  à  la  Salpêtrière  à  49  ans,  elle  présente,  outre  les  signes  du 
tabès,  une  exophtalmie  très  accusée,  du-  tremblement  et  un  peu  de 
tachycardie,  mais  pas  de  goitre  apparent.  En  outre,  elle  était  hystérique. 

La  malade  étant  morte  de  tuberculose  pulmonaire  à  55  ans,  on 
trouve  à  l'autopsie  le  corps  thyroïde  volumineux  et  pesant  46  grammes. 

Les  lésions  des  centres  nerveux  sont  celles  du  tabès.  Dans  le  bulbe, 
la  sclérose  occupe  les  cordons  de  Goli  et  une  zone  mince  qui  s'étend 
obliquement  du  noyau  du  faisceau  grêle  en  dedans,  jusqu'au  noyau  du 
corps  restiforme  en  dehors.  Il  n'y  a  pas  d'altération  du  corps  restiforme 
ni  du  faisceau  solitaire. 

Les  nerfs  des  membres  présentent  quelques  altérations  dégénératives. 
Le  grand  sympathique  droit  est  sain.  Le  pneumogastrique  droit  ren- 
ferme quelques  tubes  en  dégénérescence  wallérienne. 

L'examen  histologique  du  corps  thyroïde  y  montre  des  vésicules  à 
divers  stades  d'évolution.  Un  assez  grand  nombre  de  cavités  sont 
kystiques  et  remplies  de  matière  colloïde.  Il  y  a  aussi  une  grande 
quantité  de  vésicules  petites,  renfermant  de  petites  cellules  en  abondance. 
Le  tissu  conjonctif  interstitiel  présente  un  léger  degré  de  sclérose. 

Obs.  V.  —  Haut...,  morte  en  décembre  1889.  Goitre  exophtalmique. 
Observation  purement  anatomique. 

Les  centres  nerveux  ont  été  seulement  examinés.  A  la  région  lom- 
baire, la  moelle  est  le  siège  d'une  sclérose  très  prononcée  qui  intéresse 
à  peu  près  toute  l'étendue  des  cordons  postérieurs;  la  pie-mère  est 
épaissie  en  cet  endroit.  A  la  région  cervicale,  la  moelle  présente  un 
peu  de  sclérose  au  niveau  de  la  partie  postérieure  des  cordons  de  Goll. 
Mais  la  lésion  principale  est  dans  les  cordons  de  Burdach,  respectant  à 
peu  près  entièrement  les  zones  marginales  de  Westphal. 

Dans  le  bulbe  et  la  protubérance  on  remarque  que  les  faisceaux  so- 
litaires présentent  un  léger  degré  d'atrophie.  Les  tubes  nerveux  qu'ils 
renferment  semblent  plus  rares  qu'à  l'état  normal,  tant  dans  la  boucle 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  817 

du  faisceau  que  dans  sa  portion  longitudinale.  Mais  on  n'y  observe  d'ail- 
leurs pas  de  tubes  en  voie  de  dégénérescence.  Les  corps  restiformes  ne 
présentent  pas  de  lésions. 

0bs#  vi.  —  Hug...,  âgée  de  37  ans,  lingère,  entrée  le  28  janvier  1889, 
salle  Louis,  n°  9,  à  l'infirmerie  de  la  Salpêtrière,  dans  le  service  de 
M.  Joffroy. 

Réglée  à  16  ans,  la  malade  eut  à  18  ans  une  suppression  des  mens- 
trues qui  dura  neuf  mois.  Quelque  temps  après,  elle  eut  un  érysipèle 
de  la  face  qui  fut  suivi  d'une  nouvelle  suppression  des  règles.  Celles-ci 
sont  normales  depuis  l'âge  de  21  ans.  Un  an  après  l'érysipèle  la  malade 
remarqua  qu'elle  engraissait  rapidement,  qu'elle  enflait;  en  môme 
temps  son  appétit  augmentait. 

«  A  23  ans,  dit  M.  Hartmann  *,  qui  observa  la  malade  quelques  années 
avant  nous,  les  yeux,  au  dire  de  la  malade  et  de  sa  mère,  devinrent 
très  saillants  ;  en  même  temps  le  cou  augmenta  de  volume,  fut  plus 
gros  qu'il  ne  l'est  actuellement,  et  la  malade  eut,  chose  nouvelle,  des 
accès  de  palpitations.  A  quatre  ou  cinq  reprises,  elle  eut  des  crises  ner- 
veuses avec  cris,  contorsions,  perte  de  connaissance.  En  même  temps, 
le  caractère  changea,  la  malade  devint  facilement  irritable;  à  cette 
époque,  dit-elle,  elle  pleurait  pour  un  rien.  Le  médecin,  M.  Crestey, 
qu'elle  alla  consulter  à  deux  reprises,  la  traita  pour  un  goitre  exophtal- 
mique. Au  bout  de  quelque  temps,  l'exophtalmie  et  le  volume  du 
cou  diminuèrent,  mais  à  la  même  époque  elle  fut  prise  d'une  grande 
faiblesse  qui  persista  depuis.  » 

Puis  apparut  une  tuméfaction  des  téguments,  localisée  primitive- 
mentaux  pieds  et  qui  progressivement,  dans  l'espace  de  quelques  mois, 
envahit  les  cuisses,  le  tronc,  les  membres  supérieurs  et  la  face.  Depuis 
lors  cette  tuméfaction  myxœdémateuse  n'a  pas  subi  de  modifications. 
En  même  temps  la  respiration  devint  un  peu  plus  difficile  et  la  parole 
se  ralentit. 

Les  fonctions  digestives  s'accomplissaient  normalement,  et,  à  part 
trois  ou  quatre  crises  de  petite  hystérie  qui  ont  eu  lieu  dans  l'espace  de 
deux  années,  on  ne  trouve  aucun  phénomène  saillant  dans  l'évolution 
de  la  maladie2. 

Etat  delà  malade  à  son  entrée  à  la  Salpêtrière.  —  Le  faciès  est  bouffi 
et  hébété.  Les  yeux  sont  sans  expression;  les  paupières  font  autour 
d'eux  des  bourrelets  saillants;  la  paupière  supérieure  surtout  est 
fortement  proéminente.  Le  nez  est  épaté,  déprimé  à  la  base.  La 
bouche  est  tombante,  les  lèvres  et  les  oreilles  épaisses,  le  menton  court 

1.  Hartmann,  Observation  de  myxœdème.  {France  médicale,  17  et  19  iuin 
1884,  p.  867  et  881.)  J 

2.  D'après  des  renseignements  complémentaires  qui  nous  ont  été  obligeam- 
ment fournis  par  M.  Hartmann,  la  pression  artérielle,  mesurée  par  M.  Fr.  Franck 
était  inférieure  de  4  ce.  de  mercure  à  la  normale. 


ARCH.  DE  M  ÉD.  EXPÉR.  —  TOME  V. 


54 


818 


A.  JOFFROY  ET  CH.  ACIIARD. 


et  arrondi,  à  double  saillie.  La  coloration  rouge  pâle  des  joues  tranche 
sur  le  teint  uniformément  jaune  verdâtre  du  visage.  Les  rellets  verdâtres 
sont  particulièrement  accusés  au  niveau  des  paupières  inférieures  et 
au  voisinage  des  narines.  Les  muqueuses  labiales  sont  ternes,  mais 
non  entièrement  de'colorées.  La  consistance  des  téguments  épaissis  est 
dure,  et  la  pression  la  plus  forte  exercée  avec  le  doigt  n'y  détermine  pas 
de  dépression  en  godet. 

Les  cheveux  sont  rares,  surtout  sur  la  partie  médiane  du  crâne.  Ils 
sont  épais,  d'une  couleur  rouge  brun.  On  remarque  sur  le  crâne  des 
taches  jaunâtres,  pigmentées.  Le  cou  est  volumineux  et  se  continue 
presque  sans  ressaut  avec  la  face.  Le  pli  cutané  y  est  fort  épais  et 
prouve  d'une  façon  évidente  que  l'hypertrophie  siège  dans  les  téguments. 
Par  la  palpation  on  constate  le  relief  normal  des  cartilages  du  larynx, 
mais  on  n'arrive  pas  à  percevoir  le  corps  thyroïde,  qui  semble  entière- 
ment disparu.  On  ne  trouve  à  sa  place  que  quelques  nodules  de  consis- 
tance fibreuse. 

Toutes  les  autres  parties  du  corps  sont  le  siège  de  la  même  infiltra- 
tion myxœdémateuse.  La  face  dorsale  des  mains  est  recouverte  par  une 
peau  assez  mince,  rugueuse,  sèche,  fendillée.  Ces  caractères  dispa- 
raissent au  niveau  des  deux  dernières  phalanges  des  doigts;  ils  n'existent 
pas  non  plus  à  la  paume  de  la  main.  On  les  retrouve,  mais  moins 
prononcés,  sur  la  face  antérieure  des  jambes.  Aux  poignets,  l'infiltra- 
tion myxœdémateuse  est  plus  prononcée  que  partout  ailleurs. 

Il  n'existe  aucun  trouble  dans  les  mouvements  ;  la  malade  se  lève  et 
marche  facilement.  Mais  la  fatigue  survient  promptement,  et  l'ascension 
d'un  escalier  lui  est  particulièrement  pénible.  Force  dynamométrique 
des  mains  :  12  à  droite,  18  à  gauche. 

La  langue  est  un  peu  pâle,  étalée,  volumineuse.  Les  contours  des 
narines  sont  arrondis,  épaissis;  la  muqueuse  des  fosses  nasales  est  le 
siège  d'une  tuméfaction  générale,  particulièrement  au  niveau  du  cornet 
moyen  du  côté  gauche;  elle  ne  cède  pas  sous  la  pression  d'une  sonde. 
Le  pharynx  est  normal.  Les  cordes  vocales  ne  sont  pas  épaissies,  mais 
présentent  de  la  parésie  des  dilatateurs  glottiques;  elles  n'arrivent  au 
contact  qu'après  une  série  d'oscillations  successives  (nystagmus  des 
cordes  vocales).  (Examen  rhinoscopique  et  laryngoscopique  pratiqué  par 
M.  Ruault.)  La  voix  est  faible,  multitonale,  saccadée  par  suite  de  la  gêne 
respiratoire. 

Le  rythme  respiratoire  est  un  peu  accéléré  (28  à  30  par  minute); 
pas  de  signes  physiques  thoraciques. 

Les  battements  du  cœur  sont  normaux.  Pouls  :  80. 

Pas  de  troubles  digestifs.  Urines  en  quantité  normale  (1  140  ce. 
par  jour),  de  couleur  pâle,  à  réaction  acide.  Densité  1  015.  Pas  de  sucre 
ni  d'albumine.  Résidu  sec,  38  grammes  par  litre;  urée,  14sr,16;  chlo- 
rures, 6sr,5;  phosphates,  ls',74. 

Pas  de  troubles  de  la  sensibilité  générale  et  spéciale.  Pas  de  trem- 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW. 


819 


blement  ni  de  contractures.  Les  réflexes  tendineux  sont  un  peu  faibles. 

Le  sommeil  est  bon  et  régulier.  La  malade  ne  dort  pas  dans  la 
journée. 

L'intelligence  est  relativement  assez  bien  conservée.  La  malade  est 
devenue  un  peu  plus  apathique  ;  sa  mémoire  s'est  un  peu  affaiblie  depuis 
six  ans;  les  efforts  d'intelligence  la  fatiguent  plus  vite  qu'autrefois;  elle 
ne  peut  lire  bien  longtemps,  mais  sa  raison  n'est  nullement  altérée. 
C'est  la  difficulté  de  la  respiration  qui  gêne  surtout  sa  conversation.  Son 
caractère  est  doux  et  facile. 

Le  20  septembre,  la  malade  est  prise  de  troubles  dyspeptiques,  sans 


Fig.  1.  —  Coupe  du  corps  thyroïde  (Obs.  VI). 
On  voit  au  milieu  du  tissu  de  sclérose  quelques  vestiges  de  vésicules  thyroïdiennes. 

fièvre.  Elle  tombe  dans  l'abattement.  La  température  périphérique  et 
centrale  s  abaisse,  et  la  malade  meurt  le  26  septembre 

Autopsie.  -  La  plèvre  gauche  est  le  siège  d'un  épanchement  citrin 
de  2  litres  environ.  Elle  présente  en  outre  de  nombreuses  petites 
tumeurs,  aplaties  ou  allongées,  dont  les  dimensions  varient  de  celles 
d  une  noix  a  celles  d'un  pois.  Quelques-unes  sont  sessiles,  d'autres  pédi- 
culees  ou  libres  dans  la  cavité  pleurale.  A  la  coupe  elles  présentent  une 
consistance  ferme  et  élastique.  L'examen  microscopique  y  montre 
la  structure  du  fibro-sarcome  ;  à  la  surface  des  tumeurs^on  trouve  des 

[ni"",*  «,T  efntrrr0iSéS;  dans  Ia  Pondeur  se  voient  des  ou- 
bliions de  cellules  fusiformes  dans  un  stroma  fibreux  assez  riche 


820 


A.  JOFFROY  ET  Cil.  ACDARD. 


Les  bases  des  deux  poumons  sont  atélectasiées. 

Le  péricarde  contient  500  grammes  de  liquide  citrin.  Son  feuillet 
viscéral  est  épaissi.  Le  cœur  paraît  normal.  Athérome  aortiquepeu  pro- 
noncé. 

Foie  normal.  Rate  petite  et  ferme.  Reins  normaux;  pas  de  lésions 
histologiques. 

Rien  à  noter  dans  les  organes  génito-urinaires,  si  ce  n'est  la  pré- 
sence d'un  petit  kyste  dans  l'ovaire  droit. 

L'encéphale  ne  présente  pas  de  lésion;  il  pèse  1200  grammes.  Pas 
de  lésions  histologiques  dans  divers  fragments  examinés,  si  ce  n'est  la 
présence  d'un  petit  foyer  d'hémorrhagie  capillaire  dans  une  gaine  péri- 
vasculaire  de  la  première  circonvolution  frontale. 

La  dissection  du  cou  montre  que  le  corps  thyroïde  est  remplacé  par 
une  masse  fibreuse  qui  a  conservé  plus  ou  moins  bien  la  forme  des 
lobes  latéraux;  cette  masse,  dont  l'épaisseur  atteint  à  peine  1  centi- 
mètre, est  très  adhérente  à  la  trachée.  Les  artères  qui  s'y  rendent  ont 
un  calibre  très  réduit. 

L'examen  histologique  de  cette  masse  thyroïdienne  montre  qu'elle 
est  formée  surtout  de  tissu  fibreux  au  milieu  duquel  on  rencontre  des 
vésicules  adipeuses  en  assez  grand  nombre.  Cette  masse  est  parcourue 
par  des  artères  à  parois  très  épaissies  et  présentant  des  altérations 
manifestes  d'athérome.  En  outre  on  découvre  dans  le  tissu  fibreux  de 
petits  amas  cellulaires,  en  fort  petit  nombre,  qui  représentent  les  ves- 
tiges des  vésicules.  Ces  amas  forment  des  groupes  d'une  dizaine  environ. 
Chacun  d'eux  est  constitué  par  quelques  cellules  accolées,  à  proto- 
plasma  granuleux  et  à  contours  indécis.  Ils  sont  séparés  les  uns  des 
autres  par  de  minces  travées  conjonctives.  De  plus,  au  milieu  du  tissu 
fibreux,  dans  lequel  les  noyaux  cellulaires  sont  assez  nombreux,  on 
trouve  parfois  de  petits  amas  d'éléments  embryonnaires  dans  lesquels  il 
est  impossible  de  retrouver  des  restes  de  vésicules. 

La  moelle,  le  bulbe  et  la  protubérance  ne  présentent  pas  d'altération. 
Intégrité  du  faisceau  solitaire  et  du  corps  restiforme.  Pas  de  lésions 
des  nerfs  grands  sympathiques,  pneumogastriques,  récurrent  droit, 
musculo-cutané. 

La  peau,  examinée  par  M.  Balzer,  ne  présente  d'autre  modification 
que  l'abondance  du  tissu  adipeux. 

Un  certain  nombre  de  particularités  nous  paraissent  devoir 
être  relevées  dans  les  observations  qui  précèdent. 

Au  point  de  vue  clinique,  la  première  observation  est  un 
exemple  de  guérison  à  peu  près  complète  delà  maladie,  qui 
ne  s'est  guère  manifestée  que  sous  la  forme  de  deux  poussées 
successives. 

Il  est  intéressant  aussi  de  noter  avec  quelle  fréquence  la 


ANAT0MIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW. 

maladie  de  Basedow  s'est  associée  dans  ces  cas  avec  d'autres 
états  morbides  :  l'hystérie  (obs.  I,  IV  et  VI),  la  syringomyélie 
et  un  angiome  veineux  du  cerveau  (obs.  III),  le  tabès  (obs.  IV), 
le  délire  mélancolique  (obs.  II).  Mais,  sous  le  rapport  des  asso- 
ciations de  ce  genre,  l'observation  VI  est  assurément  la  plus 
instructive  :  elle  montre  le  syndrome  goitre  exophtalmique 
apparaissant  au  début  du  développement  du  syndrome  myxœ- 
dème.  Or  le  myxœdème  étant  généralement  reconnu  comme 
une  affection  produite  par  l'atrophie  du  corps  thyroïde,  on  est 
amené  à  se  demander  (comme  M.  Hartmann  en  1884,  à  propos 
de  cette  même  malade,  l'avait  déjà  fait,  mais  sans  l'affirmer) 
s'il  n'y  a  pas  un  lien  étroit  entre  ces  deux  états  morbides,  et 
s'il  ne  s'agit  pas  là  de  deux  affections  qui  dériveraient  d'une 
même  cause  ayant  son  siège  dans  le  corps  thyroïde. 

Il  nous  parait  que  cette  combinaison  n'est  nullement  for- 
tuite, et  nous  en  connaissons  d'ailleurs  plusieurs  autres 
exemples.  Kovalevski 1  a  observé  un  cas  dans  lequel  le  myxœ- 
dème s'est  développé  chez  une  femme  atteinte  de  goitre 
exophtalmique.  Sollier 2  rapporte  deux  observations  dans  les- 
quelles on  voit  des  accidents  de  goitre  exophtalmique  appa- 
raître avec  le  myxœdème.  Harris  et  Wright3  signalent  dans 
un  cas  la  production  d'une  tuméfaction  du  cou  plusieurs 
années  avant  le  développement  du  myxœdème.  Récemment 
von  Jacksh 1  a  publié  aussi  un  fait  de  maladie  de  Basedow 
avec  myxœdème  chez  le  même  malade  et  Bowles5  a  vu  deux 
fois  le  gloître  exophtalmique  précéder  le  myxœdème6. 

Peut-être  s'agit-il  là  d'une  poussée  hypertrophique,  se 
manifestant  au  début  ou  dans  le  cours  d'une  affection  scléro- 
sante du  corps  thyroïde.  En  tout  cas,  il  nous  semble  que  l'ap- 
parition du  goitre  exophtalmique  pendant  l'évolution  d'un 

1.  Kovalevski,  Arck.  de  neurologie,  1889,  t.  XVIII,  p.  427. 

2.  Sollier,  Rev.  de  médecine,  déc.  1891,  p.  1000. 

3.  Harris  et  Wriqht,  Lancet,  april  9,  1892,  vol.  I,  p.  758. 

4.  Von  Jacksfi,  Soc.  des  médecins  allemands  de  Prague,  janv.  1893. 

5.  Med.  Soc.  of  London,  oct.  16,  1893. 

6.  Dans  le  même  ordre  d'idées  on  peut  citer  le  fait  de  Hadden  {Clinic.  Soc. 
of  London,  febr.  1885)  qui  a  observé  deux  sœurs,  dont  l'une  était  atteinte  de 
goitre  exophtalmique,  l'autre  de  myxœdème. 


B"  A.  JOFFROY  ET  Cn.  ACHARD. 

myxœdème  est  un  argument  d'un  grand  poids  en  faveur  de 
l'origine  thyroïdienne  de  la  maladie  de  Basedow. 

Au  point  de  vue  anatomo-pathologique,  nos  observations 
mettent  en  relief  l'absence  habituelle  de  lésions  du  système 
nerveux  dans  la  maladie  de  Basedow.  Si  l'on  met  hors  de  cause, 
en  effet,  les  lésions  de  la  syringomyélie  et  du  tabès  dans  les 
observations  III  et  IV»,  on  voit  que  les  altérations  du  bulbe, 
et  en  particulier  celles  du  faisceau  solitaire  et  du  corps  res- 
tiforme ,  données  comme  appartenant  en  propre  au  goitre 
exophtalmique,  faisaient  ici  défaut.  Le  seul  cas  où  nous  ayons 
noté  une  atrophie  du  faisceau  solitaire,  légère  à  vrai  dire, 
n'a  pas  une  bien  grande  valeur,  car  il  s'agit  d'un  fait  purement 
anatomique  ;  et  ce  qui  achève  d'ôter  à  cette  constatation  toute 
valeur  positive,  c'est  qu'il  existait  en  même  temps  une  sclé- 
rose médullaire  qu'on  ne  saurait  évidemment  rattacher  à  la 
maladie  de  Basedow. 

Les  autopsies  que  nous  avons  pratiquées  nous  ont  aussi 
démontré  la  fréquence  des  altérations  thyroïdiennes  :  celles-ci 
n'ont  fait  défaut  dans  aucun  des  cas  où  le  corps  thyroïde  a 
été  examiné.  Alors  même  que  l'organe  ne  paraissait  pas 
modifié  pendant  la  vie,  il  s'est  montré  hypertrophié  à  l'au- 
topsie (obs.  I  et  IV),  ou  bien,  s'il  avait  gardé  son  volume  nor- 
mal, l'examen  histologique  y  a  révélé  des  altérations  de 
structure  (obs.  III).  Déjà  M.  J.  Renaut2,  Môbius,  ont  attiré  l'at- 
tention sur  des  faits  semblables,  et  récemment  MM.  Marie  et 
Marinesco3  en  ont  publié  un  nouvel  exemple. 

1.  Nous  avons  discuté  dans  un  travail  précédent  (Voy.  ces  Archives,  1893,  p.  404), 
à  propos  du  cas  qui  fait  le  sujet  de  notre  observation  IV,  la  question  des  rap- 
ports existant  entre  les  lésions  bulbaires  du  tabès  et  le  goitre  exophtal- 
mique. Depuis  la  publication  de  ce  travail,  MM.  Marie  et  Marinesco  {Rev.  neu- 
rologique, 1893,  p.  250)  ont  rapporté  une  nouvelle  observation  de  maladie  de 
Basedow  combinée  au  tabès  :  ils  ont  trouvé  dans  ce  cas  des  altérations  du 
faisceau  solitaire  et  de  la  racine  ascendante  du  trijumeau. 

2.  J.  Renaut  (de  Lyon),  in  Thèse  de  Biîrtoye  (Lyon,  1888),  signale  la  pré- 
sence de  petits  kystes  à  parois  dures,  et  l'existence  constante  d'une  thyroïdite 
interstitielle,  ayant,  selon  lui,  pour  conséquence  l'annulation  du  réseau  lympha- 
tique extrêmement  riche  du  corps  thyroïde. 

3.  Loc.  cit. 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  823 

Ces  faits  sont  importants  parce  qu'ils  enlèvent  à  la  théorie 
nerveuse  l'argument  tiré  de  l'intégrité  apparente  du  corps 
thyroïde.  11  lui  enlèvent  aussi  cet  autre  argument,  qui  semble 
l'un  des  plus  solides,  et  qui  repose  sur  le  début  parfois  sou- 
dain des  accidents  de  la  maladie  de  Basedow,  à  la  suite  d'une 
violente  émotion  par  exemple.  En  effet,  il  se  pourrait  en 
pareil  cas  que  la  lésion  thyroïdienne  existât  de  plus  ou  moins 
longue  date  d'une  façon  latente,  sans  hypertrophie  apparente  : 
dès  lors,  la  cause  occasionnelle  invoquée  comme  l'origine 
première  des  accidents  aurait  simplement  agi  en  grossissant 
des  symptômes  effacés  jusque-là  et  en  provoquant,  dans  l'évo- 
lution latente  d'une  maladie  de  Basedow  méconnue,  une  de 
ces  poussées  aiguës  comme  il  s'en  produit  fréquemment  de 
semblables,  dans  les  mêmes  circonstances,  au  cours  de  la 
maladie  confirmée.  N'est-ce  pas  ainsi  qu'un  traumatisme  met 
parfois  en  évidence  un  mal  de  Pott,  une  coxalgie,  un  néo- 
plasme ignorés? 

En  même  temps  que  la  fréquence  des  altérations  thyroï- 
diennes, il  importe  de  signaler  aussi  leur  grande  diversité. 
Si  on  laisse  de  côté  l'observation  VI,  dans  laquelle  l'atrophie 
scléreuse  du  corps  thyroïde  ne  représentait  plus  que  des 
lésions  de  myxœdème,  on  remarque  que,  dans  les  quatre 
autres  observations  où  le  corps  thyroïde  a  été  examiné,  la 
nature  et  la  répartition  des  altérations  ne  sont  point  compa- 
rables. Ainsi  l'observation  III  se  distingue  des  autres  par  la 
distension  kystique  des  vésicules,  entraînant  un  amincisse- 
ment atrophique,  par  compression,  des  cloisons  interstitielles. 
Dans  les  autres  cas,  ce  qui  domine,  au  contraire,  c'est,  pour 
l'élément  parenchymateux,  la  diminution  de  la  fonction  sécré- 
toire,  ou  du  moins  la  disparition  plus  ou  moins  étendue  de  la 
substance  colloïde,  la  vacuité  des  vésicules,  leur  transforma- 
tion en  amas  cellulaires  pleins,  et  même,  comme  dans  l'ob- 
servation II,  leur  tendance  à  la  néoformation  adénomateuse. 
Quant  au  tissu  conjonctif  interstitiel,  ou  bien  il  est  le  siège 
d'une  sclérose  assez  légère,  ou  bien,  comme  dans  l'observa- 
tion II,  la  sclérose  s'accompagne  d'une  sorte  de  distension 
œdémateuse  avec  hémorrhagies  interstitielles  et  infiltration 
leucocytique. 


I 


A.  JOFFROY  ET  Cil.  ACUARD. 

Cette  diversité  des  lésions  conduit  à  se  demander  s'il  ne 
s'agit  pas  là  de  processus  variés  frappant  le  corps  thyroïde  et 
produisant  un  syndrome  thyroïden  uniforme,  qui  serait  le 
goitre  exophtalmique  et  qui  pourrait  être  comparé  à  d'autres 
grands  syndromes,  tels  que  l'urémie  et  l'ictère  grave,  en- 
gendrés par  des  lésions  de  causes  diverses. 

Un  dernier  trait  qui  ressort  de  nos  observations  anato- 
miques,  c'est  la  ressemblance  des  lésions,  dans  certains  cas, 
avec  celles  du  goitre  vulgaire  (kystes,  sclérose,  etc.).  Il  n'y  a 
rien,  au  point  de  vue  anatomique,  qui  puisse  distinguer  le 
goitre  simple  du  goitre  de  la  maladie  de  Basedow.  Cette  con- 
statation se  concilie  fort  bien,  il  est  bon  de  le  remarquer, 
avec  les  faits,  qui  ne  sont  pas  exceptionnels,  dans  lesquels 
on  a  vu  les  symptômes  de  la  maladie  de  Basedow  se  développer 
chez  des  sujets  porteurs  d'un  goitre  plus  ou  moins  ancien  et 
endémique.  Il  est  vrai  que  certains  auteurs  ont  cherché  à  dis- 
traire les  faits  de  cet  ordre  du  cadre  de  la  maladie  de  Basedow 
et  les  ont  qualifiés  de  «  faux  goitres  exophtalmiques  »  ou 
encore  de  «  goitres  exophtalmiques  chirurgicaux.  » 

.Mais  si  l'on  examine  attentivement  les  faits,  on  n'y  re- 
connaît vraiment  pas  les  éléments  d'une  distinction  légitime. 
L'anatomie  pathologique  ne  les  fournit  point,  nous  venons  de 
le  dire.  La  clinique,  d'autre  part,  ne  permet  pas  d'établir  une 
séparation  radicale  entre  ces  goitres  exophtalmiques  préten- 
dus faux  et  les  symptômes  si  nombreux,  si  variés  et  si  mobiles 
de  la  maladie  de  Basedow  classique.  La  thérapeutique  elle- 
même  n'autorise  pas  cette  distinction,  puisque  certains  cas 
de  maladie  de  Basedow  ont  pu  être  améliorés  par  des  opéra- 
tions pratiquées  sur  le  corps  thyroïde.  Ainsi,  d'accord  avec 
Môbius,  nous  pensons  que  ces  faux  goitres  exophtalmiques 
doivent  rentrer  dans  le  cadre  de  la  maladie  de  Basedow,  et 
il  n'est  pas  douteux  qu'il  s'agisse  là  d'une  altération  thyroï- 
dienne primitive. 

En  résumé,  des  constatations  anatomiques  que  nous  avons 
faites  relativement  à  l'état  du  corps  thyroïde  découlent  de 
puissants  arguments  on  faveur  de  l'origine  thyroïdienne  de 
la  maladie.  Quant  à  la  nature  de  ces  lésions,  à  la  manière 


ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  DE  LA  MALADIE  DE  BASEDOW.  825 

dont  elles  agissent  pour  produire  les  symptômes  de  l'affec- 
tion, c'est  ce  qu'il  est  impossible  de  préciser  actuellement. 

Nous  le  répétons,  les  théories  qui  se  partagent  aujourd'hui 
la  pathogénie  du  goître  exophtalmique  ne  sont  pas  suscep- 
tibles d'une  démonstration  :  ce  ne  sont  encore  que  des  hypo- 
thèses. Mais  nous  croyons  que  le  meilleur  moyen  d'arriver  à 
la  solution  du  problème  est  de  rassembler  le  plus  grand 
nombre  possible  de  faits  examinés  aux  points  de  vue  spé- 
ciaux que  nous  nous  sommes  attachés  à  faire  ressortir. 


V